Comment la société d’investissement Raise aide les ETI françaises à croître

BFM Business

9 janvier 2017 | par Fréderic Bergé, Journaliste

Gonzague de Blignières, cofondateur avec Clara Gaymard de la société d'investissement Raise, explique comment il soutient financièrement plusieurs ETI françaises. Toutes sont sélectionnées pour leur potentiel de croissance et la qualité de leur management.

Gonzague de Blignières, cofondateur de la société d’investissement Raise

Quel constat sur le financement des entreprises a motivé la création de la société d’investissement Raise ?

Investir minoritairement en France dans une entreprise, cela n’est pas courant. Les ETI françaises ne trouvent pas facilement des partenaires financiers prêts à s’investir sur la durée, tout en restant minoritaires. Raise comble ce manque en agissant comme intermédiaire entre des grands groupes français et des ETI ayant besoin d’un engagement financier de moyen ou long terme, de 5 à 8 ans.  En tant que société d’investissement, elle accompagne des entreprises dans la durée en leur apportant du « smart money » sur une unité de temps plus longue que les fonds traditionnels qui sont obligés de faire tourner leur portefeuille. Ce n’est pas une critique vis-à-vis d’eux mais c’est la nature même de leur modèle économique.

Quelle somme investit Raise dans une ETI ? Et pour quelle part du capital ?

Raise investit des tickets de 10 à 40 millions d’euros correspondant à une fourchette de 5% à 40% du capital des entreprises dans lesquels nous investissons. Nous ne dépassons jamais 40%  avec les droits et les devoirs propres à ce statut d’actionnaire minoritaire et ce, pour respecter la gouvernance existante de l’entreprise.

Quels sont les profils des investisseurs de Raise ?

Les grandes entreprises du CAC 40 et les investisseurs institutionnels y côtoient des grandes fortunes familiales françaises comme la famille Bettencourt-Meyers, la holding Dassault ou l’investisseur Vincent Montagne.

Quels sont les profils des entreprises soutenues par Raise ?

Notre société privilégie des entreprises plutôt familiales avec un management fort et de qualité ayant les mains libres et le contrôle sur sa stratégie. C’est le cas de Nature&Découvertes de B2S ou de Babilou, par exemple. Il s’agit aussi d’entreprises d’excellence ayant une croissance forte.

À combien estimez-vous le nombre d’ETI en France ?

Elles ne sont pas si nombreuses que cela. Si l’on retire les filiales de grands groupes français et étrangers, les ETI véritablement indépendantes sont un peu plus de 1.200 en France.

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles freinant l’essor des ETI en France ?

Plusieurs facteurs expliquent la situation française, comparée à celle de l’Allemagne.  Il y a d’abord eu un manque de culture internationale des dirigeants historiques de ces entreprises qui a fait longtemps défaut. Mais, cet état de fait est en train de changer très rapidement avec l’avènement de la nouvelle génération de managers. Les délais de paiement trop longs imposés par les donneurs d’ordre pèsent aussi sur la trésorerie des entreprises de taille moyenne. Résultat : pour leurs besoins en fonds de roulement à financer, elles se tournent vers leur banquier qui n’apprécie pas particulièrement ce type de financement. Enfin, se pose la question de la succession.  En l’absence de successeur ou simplement pour s’acquitter des droits de succession, une ETI familiale se trouve souvent acculée soit à se vendre à l’étranger, soit à trouver une solution de LBO, de financement avec effet de levier, sans parler d’un risque réel de disparition pure et simple si aucune des deux options précédentes n’est possible.

Que manque-t-il en France pour éviter que les ETI ne succombent à une succession mal gérée ?

En Allemagne, les entreprises familiales ont souvent recours à une fondation d’entreprise d’utilité publique, qui détient le contrôle du capital. Or, en France, la réglementation interdit en principe à une fondation de ce type, de devenir actionnaire majoritaire directe d’une société.  C’est dommage. En Allemagne, où la détention d’actions de sociétés par des fondations est autorisée depuis longtemps, ce procédé a été utilisé comme un outil patrimonial de transmission par de grands industriels se retrouvant, à la fin de leur vie, majoritaires du capital du groupe qu’ils avaient fondé. Cela a permis à ces entreprises familiales de rester ancrées en Allemagne.

Un article de Fréderic Bergé

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